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Tel est le titre en Français de l'ouvrage de Michela Wrong que nous interviewons ici: Rwanda, assassins sans frontières ( éditions Max Millo). Il part de l'assassinat en 2014 de l'ancien chef des services rwandais sur ordre de Kagame, le général président, inamovible depuis la fin du génocide contre les Tutsi qu'il a officiellement combattu en 1994. Mais cette journaliste anglaise bien connue qui a régulièrement fréquenté les dirigeants actuels du Rwanda fait aussi un historique inédit de l'histoire de la guérilla tutsi de Kagamé et de ses tabous.
Ainsi on découvre les premiers pas de ces jeunes guérilléros tutsi lorsqu'en exil en Ouganda ils aident Museveni à prendre le pouvoir en 1986, puis de leur volonté de reprendre leur pays en 1990, avec cette année là la mort énigmatique du premier chef du Front Patriotique Rwandais, Fred Rwigema, dont la stratégie était plus ouverte que celle de Kagamé qui s'imposera alors de force à la tête du FPR. Une affaire qui reste tabou, comme bien d'autres, car si la cruauté de génocide des Tutsi par les extrémistes hutu ne fait pas de doute, elle ne résume pas toute l'histoire. Il y a eu aussi des massacres de civils hutu avant, pendant, et surtout après la génocide des Tutsi. Il y a de nombreux assassinats d'opposants et de témoins qui se perpétuent au Rwanda et à l'étranger sans que la "Communauté internationale" ne bronche tant elle est complexée pour avoir abandonné les Rwandais à leur sort en 1994.
Mais il est difficile d'aborder cette question encore aujourd'hui sans se faire criminaliser. Michela Wrong le fait sans hargne, avec sa crédibilité et le soutien de personnalités informées telles que l'auteur anglais John Le Carré ou l'archevêque sud-Africain Prix noble de la paix Desmond Tutu. En Anglais le livre s'appelle Do not disturb, car quand le dissident Karegeya a été étranglé dans sa chambre d'hôtel au Cap les tueurs avaient retourné la pancarte sur la porte où cela été marqué. Mais Do not disturb c'est aussi une allégorie: l'opinion internationale n'a pas envie d'une nouvelle version du drame rwandais qui dérangerait celle aujourd'hui établie. Et pourtant il n'y a pas d'avenir dans la région des Grands Lacs en Afrique sans que la vérité, et toute la vérité soit faite ...
Dernière diffusion le : 23 juil. 2024, 09:30
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Trente ans après, Beata se remémore le génocide des extrémistes hutu contre les Tutsi au Rwanda. Elle a échappé de peu. Le fait que sa mère était une institutrice tutsi appréciée par ses élèves a aidé. Certains de ses élèves devenus miliciens Interahamwe l'ont épargné ou même défendue. Et les relations de son père ont permis de trouver des familles hutu refuges. Mais elle a surtout échappé de justesse quand arrêtée à un barrage menaçant, une dispute entre des miliciens et des militaires a favorisé par inattention une fuite de sa famille.
Est-ce qu'elle s'est remise de cette terrible période ? Jamais complètement, mais elle a une manière de vivre qui est une leçon: le fait d'avoir survécu et d'être consciente que l'on ne vit pas que pour soi lui donne désormais l'envie de faire du bien aux autres. Et puis elle ne veut pas faire le cadeau d'une éventuelle tristesse à ceux qui auraient voulu la tuer...
Pourquoi les extrémistes Interahmwe voulaient-ils tuer les Tutsis ?
Pour elle le sentiment de trahison dans le contexte de guerre était déterminant: les Tutsi civils étaient accusés de faire le jeu de l'ennemi, c'est-à-dire de la guérilla tutsi, le FPR venu d'Ouganda qui a attaqué le pays en octobre 1990. Un tel amalgame fut une machine infernale, les extrémistes hutu ont fait payer aux civils tutsi le prix de leur défaite face à la guérilla tutsi
Mais il y a d'autres motifs à la violence des génocidaires hutu, dont une réaction violente à la violence du FPR lui-même, qui passe pourtant pour avoir mis fin au génocide. Or durant la guerre de 1990 jusqu'au génocide de 1994 ce dernier a souvent massacré les populations sur son chemin. Puis une fois au pouvoir les massacres de Hutu étaient plus organisés: on appelait les villageois à se réunir pour soit-disant les organiser, mais en réalité pour les massacrer. Cela ne se dit pas ajoute Beata, mais cela se sait.
Elle pense que la violence de la guérilla tutsi est issue du passé: quand les jeunes réfugiés tutsi issus de familles qui avaient fuit le Rwanda après l'indépendance. Aors basés en Ouganda, ils se sont engagé dans la guérilla de Museveni dans les années 80, et ont adopté les méthodes cruelles de conquête des territoires : pas de prisonniers, on élimine, on ne compte que sur la force.
Il faudra un jour regarder en face cette face cachée de l'histoire ...
Dernière diffusion le : 27 avr. 2024, 12:30
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